En 2021, RSK Environnement a réalisé un diagnostic environnemental de la qualité des milieux au droit de jardins partagés d’une commune d’Île-de-France.

Ce diagnostic a été réalisé à la demande de la commune :

  • dans une démarche globale de diagnostic des parcelles cultivées de la commune dans le but de connaître la qualité des sols utilisés à des fins de cultures comestibles ;
  • dans le cadre d’un projet de réaménagement d’une partie du site.

Le site d’étude correspond à 32 jardins familiaux qui occupent une surface d’environ 6 500 m².

D’après l’étude historique du site réalisée par RSK Environnement (prestation INFOS), la zone d’étude était occupée par des parcelles agricoles dans les années 1920 et présentait des terrassements dans les années 1930. Les jardins familiaux sont présents sur les photographies aériennes depuis les années 1940.

La principale source potentielle de contamination identifiée correspond aux remblais qui ont été entreposés sur le site et dont la provenance est inconnue.

RSK Environnement a réalisé des investigations environnementales au droit du site incluant :

  • 58 prélèvements d’échantillons de sol de surface (sur les 20/30 premiers centimètres) soit environ 2 échantillons par jardin ;
  • 15 prélèvements de sol jusqu’à 1 m de profondeur à proximité des arbres fruitiers ;
  • 11 prélèvements de végétaux ;
  • 3 prélèvements d’eau souterraines (au droit des puits présents sur site).
  • Les investigations réalisées ont mis en évidence des teneurs en métaux dans les sols à des teneurs significatives. Par ailleurs, ces métaux ont été retrouvés dans les eaux souterraines, principalement en aval latéral du site et dans les végétaux comestibles.

D’autres composés ont été identifiés dans les milieux investigués, mais à des teneurs moins significatives, à savoir : hydrocarbures dans les sols, les eaux souterraines et les végétaux, Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques et traces de créosotes dans les sols et tétrachloroéthylène dans les eaux souterraines.

Les teneurs en plomb dans les sols dépassant le 2nd seuil du Haut Conseil de Santé Publique, une réunion d’information a été programmée dès confirmation des résultats afin d’informer les jardiniers de la fermeture du site et de les alerter sur les forts niveaux de contamination, principalement en plomb, mercure et arsenic de la terre et de certains végétaux des parcelles testées.

Une Evaluation Quantitative des Risques Sanitaires (EQRS) a été réalisée pour évaluer l’exposition des usagers des jardins potagers, à partir des données recueillies au cours du diagnostic environnemental, en considérant

l’ingestion de sol et de végétaux produits et
l’inhalation de vapeurs et de poussières.
L’EQRS a conclu que le terrain n’était pas compatible avec l’usage actuel du site. Les niveaux de risques calculés résultent majoritairement de l’exposition par ingestion de sol et de végétaux autoproduits, notamment en raison de la présence de plomb et d’arsenic.

Afin d’affiner l’estimation des expositions liées à l’ingestion de sol, la bioaccessibilité des métaux dans les sols superficiels a été estimée au laboratoire par le biais du test normalisé UBM (Unified Bioaccessibility Method).

Trois échantillons de sol superficiels ont été sélectionnés au regard de leurs teneurs élevées en arsenic, cadmium et/ou plomb.

La bioaccessibilité orale des éléments métalliques a été calculée pour la phase gastrique (G) et la phase gastro- intestinale (GI).

Les calculs de risques mis à jour indiquent des niveaux de risques plus faibles que pour le calcul initial mais qui restent inacceptables. Les niveaux de risques calculés résultent majoritairement de l’exposition par ingestion de végétaux autoproduits et par ingestion de sol.

Pour l’ingestion de sol, le calcul d’exposition a été réalisé en prenant en compte la valeur de la bioaccessibilité gastro- intestinale. Cependant, les instances nationales (INVS- INERIS) recommandent de prendre en compte la valeur de bioaccessibilité la plus élevée des deux phases (gastrique ou gastro-intestinale). Un calcul de sensibilité a été réalisé pour évaluer l’influence de ce paramètre.

Pour le plomb, la bioaccessibilité gastrique maximale est de 93%. A noter qu’en appliquant le coefficient correcteur de 2, les quotients de danger calculés sont plus élevés que lorsque l’on ne retient pas le paramètre de bioaccessibilité.

En ce qui concerne les végétaux, les teneurs mesurées sont supposées totalement bioaccessibles. En effet, les métaux du sol ont franchi la membrane végétale et sont supposés bioaccessibles. Aucune analyse de bioaccessibilité dans les végétaux n’a ainsi été menée.

L’utilisation des mesures de bioaccessibilité dans le cadre de ce projet a permis d’affiner l’évaluation des risques vis-à-vis du risque lié à l’ingestion accidentelle de sol. Les risques ont été revus ainsi à la baisse mais restent inacceptables.

L’incompatibilité du site avec son usage a ainsi été confirmée et la fermeture des jardins a été maintenue.

Les calculs de sensibilité réalisés questionnent le choix de la sélection des valeurs de bioaccessibilité (gastrique ou gastro-intestinale) dans les calculs, notamment vis-à-vis du plomb. En effet, avec une bioaccessibilité gastrique >50% pour cet élément métallique, en appliquant un coefficient correcteur de 2 dans les calculs, les niveaux de risques deviennent supérieurs à ceux calculés sans considérer la bioaccessibilité.

Les propriétaires des jardins familiaux adjacents (présentant la même problématique) souhaitent faire de ce site un lieu d’expérimentation de la culture sur site pollué.